L’avenir d’Ayiti et la lutte décoloniale : défaire son identité de pauvreté

Auteur/ices

  • Alfred Pierre Université d'État d'Haïti

DOI :

https://doi.org/10.68181/sn9fk952

Mots-clés :

Avenir d’Ayiti (Haïti), décolonialité, colonialité du pouvoir, identité de pauvreté, dépossession sociale, désymbolisation du pouvoir

Résumé

Cet article analyse l’avenir d’Ayiti à partir de son expérience décoloniale fondatrice de 1804, prise en étau entre deux longs cycles de confiscation néocoloniale : d’abord française, puis états-unienne. Il montre que l’identité de pauvreté qui lui est attribuée relève d’un processus structuré par la colonialité du pouvoir, entendue comme principe organisateur des rapports de domination à l’échelle globale. Loin de relever d’un échec endogène, la désinstitutionalisation de l’État, l’insécurité généralisée et la prolifération de violences para-étatiques apparaissent comme les effets d’une reconquête néocoloniale articulant capital étranger, élites créoles et gouvernementalité néolibérale. Fondée sur une démarche qualitative, exploratoire et sociohistorique mobilisant un corpus documentaire (travaux décoloniaux et sociologie critique) et des séquences historiques clés (dette de 1825, concordat de 1860, occupation américaine, interventions étrangères contemporaines), l’analyse reconstruit les médiations reliant contraintes externes, transformations de l’État et reconfigurations culturelles. Elle met en évidence trois mécanismes principaux : la dépossession sociale inscrite dans les structures étatiques ; une guerre culturelle, religieuse et linguistique, participant à la disqualification des savoirs populaires ; et la production d’une identité de pauvreté. Celle-ci fonctionne comme un dispositif de pouvoir visant à invisibiliser la richesse nationale et à neutraliser les capacités d’action collective. Elle se prolonge dans un imaginaire migratoire qui, inscrit dans un processus historique de désinsertion amorcé dès l’occupation états-unienne d’Ayiti, contribue à rediriger les horizons d’attente vers l’extérieur et à fragiliser les dynamiques sociales locales. L’ensemble de ces dynamiques converge vers une confiscation de l’avenir, faisant du pays un cas paradigmatique des contradictions contemporaines du capitalisme mondial.

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Publiée

2026-09-08